Troisième partie. L'organisation de l'écosystème
Chapitre 12
La jambe espèces
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Le 26 juin 1974, en fin d’après-midi, les autorités allemandes retirèrent sa licence à une banque de Cologne, la Bankhaus Herstatt. Ce jour-là, plusieurs banques étrangères avaient déjà versé des deutsche marks à Herstatt dans le cadre d’opérations de change, et attendaient en retour des dollars qui devaient leur être payés quelques heures plus tard à New York, en raison du décalage horaire. Ces dollars ne vinrent jamais. Les contreparties avaient livré, elles ne furent pas payées. Le risque de règlement, celui de remettre sa part d’un échange sans recevoir l’autre, porte depuis le nom de cette banque. Toute l’architecture des systèmes de paiement modernes s’est construite pour l’éliminer.
La tokenisation promet d’en finir avec ce risque grâce au règlement-livraison atomique, où le titre et l’argent changent de mains dans la même opération indivisible. Cette promesse repose sur une condition que l’on oublie souvent. Il faut que l’argent soit, lui aussi, présent sur la blockchain. Un jeton qui représente une obligation peut circuler en quelques secondes, mais si son paiement passe par un virement bancaire classique, réglé le lendemain, le gain s’évapore presque entièrement. Les professionnels appellent la monnaie utilisée dans une transaction sa jambe espèces, par opposition à la jambe titres. C’est d’elle que dépend l’avenir du règlement tokenisé.
Trois monnaies pour un même euro
L’euro que nous utilisons chaque jour prend trois formes juridiquement distinctes, qui coexistent sans que nous y prêtions attention.
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