Solana bouscule la hiérarchie RWA – +27,92 % en un mois quand Ethereum recule
Il y a encore dix-huit mois, associer Solana à la finance institutionnelle aurait fait sourire, la chaîne traînait une réputation de terrain de jeu pour memecoins et traders spéculatifs, loin des standards de rigueur qu’exige la tokenisation d’actifs réels. Les chiffres publiés début juillet 2026 par RWA.xyz racontent une tout autre histoire.
Un basculement chiffré
Sur les 31,71 milliards de dollars d’actifs tokenisés aujourd’hui distribués on-chain à l’échelle mondiale, Ethereum conserve la première place avec 15,9 milliards de dollars soit 50,04 % du marché. Un chiffre qui impressionne encore, mais qui masque une érosion réelle, sur les trente derniers jours, la valeur distribuée sur Ethereum a reculé de 4,93 %.
Solana, de son côté, affiche 3,3 milliards de dollars et 10,39 % de part de marché, avec une progression de 27,92 % sur la même période. La troisième place du classement est désormais acquise, juste derrière BNB Chain (environ 3,9 milliards de dollars), l’écart se resserre semaine après semaine, tandis que Stellar et Avalanche, positionnés plus loin, peinent à suivre le rythme.
Pour donner une idée de la trajectoire, Solana pesait 873 millions de dollars en janvier 2026. Six mois plus tard, ce montant a presque quadruplé. Peu d’écosystèmes blockchain affichent une telle vitesse d’accumulation d’actifs réels, les RWA (Real World Assets), c’est-à-dire des instruments financiers traditionnels (obligations, actions, fonds monétaires, crédit privé) représentés sous forme de jetons sur une blockchain.
Pourquoi Solana attire-t-elle soudain les émetteurs institutionnels ?
Trois facteurs expliquent ce mouvement.
La vitesse et le coût d’abord. Solana traite les transactions en quelques centaines de millisecondes pour des frais quasiment nuls, là où Ethereum, même via ses solutions de layer 2, reste plus coûteux et plus lent dès qu’il s’agit de transferts fractionnés ou de trading actif de Treasuries tokenisées. Pour un émetteur qui doit gérer du rachat quotidien de parts de fonds monétaires ou du trading de crédit privé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cette différence pèse directement sur la rentabilité opérationnelle.
L’arrivée d’émetteurs de premier plan ensuite. Ondo Finance, déjà solidement implanté sur Ethereum, a fait de Solana un terrain de déploiement prioritaire pour ses produits de Treasuries tokenisées. Franklin Templeton y a également étendu sa présence. Signe plus significatif encore : Spiko, l’un des plus importants émetteurs européens de fonds tokenisés, y a lancé début juillet son fonds monétaire géré par Amundi, la première incursion d’un acteur européen majeur nativement sur cette blockchain. Quand le premier gestionnaire d’actifs européen, avec 2 400 milliards d’euros sous gestion, choisit une infrastructure technique, cela vaut tous les argumentaires marketing.
La fragmentation du marché enfin, qui joue paradoxalement en faveur de Solana. Le rapport State of RWA Tokenization 2026 du Canton Network souligne que la dispersion des liquidités entre chaînes génère des écarts de prix pouvant atteindre 1 à 3 % pour un même actif, et des frictions de 2 à 5 % lors des transferts inter-chaînes. Plutôt que de freiner l’adoption, cette fragmentation révèle un marché suffisamment vaste pour soutenir plusieurs infrastructures gagnantes simultanément et Solana en capte une part croissante.
Ethereum reste la référence, mais le terrain se durcit
Il serait prématuré d’enterrer la position dominante d’Ethereum. Le fonds BUIDL de BlackRock, les produits phares d’Ondo Finance, la profondeur de liquidité accumulée depuis des années, rien de tout cela ne se déplace en quelques mois. Ethereum demeure la chaîne où naissent la plupart des grands produits institutionnels, et où la composabilité avec l’écosystème DeFi reste la plus mature.
Mais le recul de 4,93 % sur trente jours n’est pas un accident statistique isolé. Il traduit un arbitrage que les émetteurs institutionnels effectuent de plus en plus consciemment entre liquidité historique et efficacité opérationnelle, un calcul où le coût unitaire par transaction pèse chaque trimestre davantage à mesure que les volumes tokenisés augmentent.
Solana n’échappe pas non plus à ses propres zones de vigilance. Le réseau a connu par le passé des incidents de disponibilité qui ont fait débat dans la communauté technique, une panne significative en pleine phase de règlement institutionnel suffirait à écorner une confiance encore récente. La mise à niveau Firedancer, conçue pour renforcer la robustesse du réseau face à des volumes de règlement élevés, sera à ce titre un test décisif dans les prochains mois.
Ce que cela signifie pour la tokenisation immobilière
Cette bataille entre chaînes n’est pas qu’une curiosité de marché crypto, elle façonne directement l’infrastructure sur laquelle reposera, demain, la tokenisation d’actifs immobiliers. Un émetteur de parts de SCPI tokenisées ou de véhicules de dette immobilière fait face au même arbitrage que Franklin Templeton ou Ondo Finance, coût de règlement, vitesse de liquidité secondaire, profondeur de l’écosystème de composabilité. Que Solana s’impose comme alternative crédible à Ethereum élargit mécaniquement l’éventail d’options techniques pour les futurs émetteurs de RWA immobiliers, et renforce l’argument selon lequel l’infrastructure blockchain, loin d’être figée, continue d’évoluer au rythme des besoins institutionnels réels.
David HUBERT – RealAssets.fr – Hubert.me – RheosCapital.com
Sources : RWA.xyz (données au 2 juillet 2026), Journal du Coin, Crypto Briefing, Solana Foundation, rapport State of RWA Tokenization 2026 du Canton Network.